Mises en scène de la nature indomptée aux sommets des Alpes, heures dramatiques de l’histoire helvétique, naufrages chargés de pathos: cette exposition consacrée au romantisme suisse transforme le Kunsthaus Zürich en un panorama d’émotions fortes.

Tour d’horizon

À travers plus de 150 œuvres, cette exposition embrassera la production artistique allant de Johann Heinrich Füssli au premier Arnold Böcklin en passant par Alexandre Calame. Elle démontrera l’éminente contribution des artistes suisses à l’évolution de la peinture de paysage, suivra les artistes dans les académies des beaux-arts à l’étranger et mettra en évidence les liens étroits qui existaient entre les peintres. En intégrant de célèbres romantiques des pays voisins comme Caspar David Friedrich, Eugène Delacroix et William Turner, notre tour d’horizon rendra hommage à la contribution suisse au romantisme tout en la replaçant dans une perspective internationale.

C’est à la fin du 18e siècle que le romantisme se développe en Europe. Les artistes commencent à créer des œuvres mettant l’accent sur les sentiments et la fascination pour l’inexplicable, à l’opposé de l’art sobre et rationnel du classicisme. En Suisse, ils découvrent dans leur propre environnement un motif pictural et fixent sur la toile les majestueux paysages de montagne et la glace éternelle des glaciers. Le commissaire Jonas Beyer se consacre à cette période artistique majeure du pays, qui n’a jusqu’à présent été examinée que de manière très parcellaire.

Un esprit de renouveau par delà les frontières

Mettre l’accent sur un romantisme typiquement suisse permet de mieux comprendre l’interaction entre spécificité locale et liens internationaux. L’esprit de renouveau particulier qui caractérise l’art suisse de cette époque se formule essentiellement au fil d’échanges intenses avec les artistes des pays voisins. Les artistes suisses essaiment ainsi dans les académies des beaux-arts de Paris, Dresde ou Vienne et tissent des réseaux efficaces, tout en réagissant avec sensibilité aux particularités locales de leur environnement didactique respectif. À l’inverse, dès la fin du 18e siècle, les beautés des paysages suisses deviennent des motifs recherchés par les artistes étrangers d’inspiration romantique. L’intensité de ces échanges par delà les frontières nous invite à ne pas parler catégoriquement d’un «romantisme suisse», mais plutôt d’un «romantisme en Suisse». Cette optique permet de mettre en évidence des aspirations communes, mais aussi des caractéristiques artistiques localement déterminées. Le public le découvrira à travers des peintures, des dessins et des films regroupés par thèmes dans la salle d’exposition de 1 000 m2.

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Johann Jakob Ulrich, Bateau en feu sur mer déchaînée, 1850–1853, Museum der bildenden Künste Leipzig
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Alexandre Calame, Le Grand Eiger au soleil levant, 1844 (détail), dépôt de la Confédération suisse, Office fédéral de la culture, Fondation Gottfried Keller
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Léopold Robert, Femme de brigand veillant sur le sommeil de son mari, 1821, Kunstmuseum St. Gallen, Sturzeneggersche Gemäldesammlung, acquis en 1936
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Joseph Mallord William Turner, On Lake Lucerne looking towards Fluelen, 1841, The Courtauld Gallery, Miss Dorothy Scharf; bequest; 2007

Le romantisme n'est pas mort

La réalisation d’une exposition de cette envergure n’a été possible que grâce à de précieux prêts de collections suisses et à l’intégration d’œuvres exceptionnelles provenant d’Allemagne, d’Autriche, de Grande-Bretagne et de France. La liste des artistes comprend des peintres préromantiques du rang de Caspar Wolf et Johann Heinrich Wüest, de grands noms de la période romantique, dont les Suisses Alexandre Calame, Charles Gleyre et Léopold Robert, mais aussi des célébrités mondiales comme Eugène Delacroix, Caspar David Friedrich et William Turner. Les travaux vidéo «Everything is going to be alright» de Guido van der Werve, «Projection (matin)» de Remy Zaugg et «Travel» de David Claerbout montrent que les idées romantiques de la fin du 18e et du début du 19e siècle résonnent encore aujourd’hui.

Commissaire: Jonas Beyer

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Image ci-dessus:

Ford Madox Brown, Manfred sur la Jungfrau, 1842, Manchester Art Gallery, Manchester, Gift of Mr Frederick William Jackson

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